Dans quel état la profession comptable sortira-t-elle de la crise ? par Sylvain Malartre et Estelle Padilla

Les outils de production nouvelles génération disponibles pour les cabinets

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Estelle Padilla et Sylvain Malartre
Estelle Padilla et Sylvain Malartre

Nous mettons en relief dans cet article une série d’articles proposés par l’éditeur de logiciel Inqom au sujet de l’état de la profession comptable à la sortie de la crise. Sans prétendre être la voix de la profession comptable, nous trouvions intéressant de donner écho à ses articles au travers une vision de praticien.

Nous sommes tous les deux membres du réseau indépendant Viseeon. Estelle gère la communication digitale du réseau et l’animation de ses activités en ligne (Facebook, LinkedIn, Comptaworld…). Sylvain est entrepreneur et créateur de sa propre structure d’expertise comptable et de commissariat aux comptes.

La crise : contrainte passée ou opportunité ? 

Souvent le meilleur sort de la crise et ce serait mentir de ne pas se rendre compte que la crise sanitaire a créer une situation inédite que les experts comptables ont su affronter en s’adaptant quotidiennement :

  • La crise intervient en plein pic d’activité annuel (période fiscale) ;
  • La crise entraîne de nombreuses sollicitations de la part de nos clients (c’est normal, nous sommes là pour les aider). Ils ont besoin de nous pour comprendre les mécanismes d’aides mises en place (éligibilité aux aides, PGE, activité partielle, et digérer tout le flux d’informations quotidiens), les aider à gérer la crise de leur entreprise au quotidien (télétravail, activité partielle) et anticiper, prévoir la sortie de crise (prévisionnel, plan de trésorerie, décision stratégique à prendre) ;
  • La crise impacte évidemment nos propres organisations car nous sommes aussi chef d’entreprises de nos cabinets.

Et pourtant, nous nous en sommes sortis. Tous ? Peut-être pas. Mais la très large majorité; sans aucun doute !

  • Nos clients ont bénéficié de conseils et des prestations exceptionnelles (mise en place de l’activité partielle, soutien à la mise en place de financement approprié, prévisionnel financier en situation de crise, budget de trésorerie, plan de financement de la relance…)
  • Nos salariés ont été protégés du contexte sanitaire (Mise en place du télétravail, digitalisation des dossiers de travail et pièces comptables…)
  • Nous avons pu produire le travail normal attendu (les arrêtés de comptes 2019, les déclarations sociales et fiscales courantes…)
  • Nous avons finalement conseillé, aidé, rassuré et guidé nos clients afin d’être un plus serein dans ce contexte inédit pour tout le monde.

Quelques mois sont passés depuis le 1er confinement.
Malheureusement, la covid-19 est toujours (trop) présente dans nos quotidiens.
Mais nous pouvons prendre un peu de recul pour regarder cette période et en tirer des enseignements et conclusions
L’accélération technologique des outils mis à notre disposition est impressionnante et nous bénéficions aujourd’hui de la maturité de certaines technologies. Le flair (sans doute d’inspiration  anglais) de Inqom lui fait écrire une vérité que nous sommes beaucoup à cautionner : “le pessimiste y verra la fin du monde, et l’optimiste l’opportunité d’évoluer”.


Optimisme !
Source de l’image – Optimisme

Constats autour des modèles des cabinets d’expertise comptable

Nous bénéficions aujourd’hui d’outils construits autour d’ ”un désir de simplifier les pratiques et l’envie, en portant un regard neuf sur nos activités respectives (…), de faire les choses mieux, plus facilement et, si possible, avec plaisir”.

Le télétravail et la digitalisation sont devenus notre quotidien. Et petit à petit nous avons (enfin) compris l’importance de travailler pour son client et de faire preuve d’une pro-activité pour accompagner nos clients bien au-delà de la simple saisie comptable

Car en effet, comme le rappelle Inqom, la saisie comptable reste à ce jour une activité rentable et prépondérante de la profession (environ 60% du chiffre d’affaires) alors que les clients ne souhaitent plus payer pour cette tâche dont ils ne perçoivent pas la valeur ajoutée et (encore plus dangereux) que les machines (Intelligence Artificielle) font presque aussi bien que nous (et demain sans doute mieux).

Ajoutons l’épée de Damoclès planant sur nos têtes avec la réduction du champ d’application du monopole des experts-comptables, il est nécessaire de continuer de s’adapter comme nous l’avons toujours fait, de réfléchir à une autre organisation du travail, sans aucun doute orientée client.

L’expert-comptable doit être en mesure de proposer à ses clients de payer uniquement pour des services dont ils perçoivent la valeur et dont ils ont besoin ; pas pour des choses qu’ils peuvent faire sans nous et moins chers.  Il faut accompagner le chef d’entreprise dans son quotidien, l’aider à prendre des décisions éclairées dans le pilotage de son activité, devenir son bras droit, son meilleur allié pour qu’il performe dans SON business. 

Pour cela, à notre avis, rien ne sert de se battre contre les machines (elles sont plus nombreuses que nous et ne s’épuisent jamais !) mais réfléchir à travailler avec ces technologies en s’appropriant les nouveaux outils même si cela bouleverse nos habitudes de travail .

Inqom précise à juste titre que la transformation sera principalement humaine, qu’elle sera plus lente et plus individuelle que simplement changer de logiciel de production comptable.

Mais c’est en s’appropriant “un outil capable de faire évoluer l’organisation du travail, les mentalités, tout en délivrant une proposition de valeur stratégique pour le cabinet et ses clients” que nous aurons réussi à tirer un enseignement positif et constructif pour l’avenir de notre profession.

A partir de là, Inqom s’est efforcé de concevoir un outil capable de faire évoluer l’organisation du travail, les mentalités, tout en délivrant une proposition de valeur stratégique pour le cabinet et ses clients. Le maître-mot et fil conducteur de cette (r)évolution va être : BOUSCULER ! 

Pourquoi adopter un outil visionnaire qui bouscule les codes de production comptable existant ? Deux raisons immédiates :

  • Bousculer est le seul moyen d’entamer une mue organisationnelle au sein des cabinets ;
  • Avoir de l’ambition pour préparer les cabinets d’expertise comptable aux nouveaux métiers de demain.
    Avoir de l'ambition
    Source de l’image – Avoir de l’ambition !

Les cabinets d’expertise comptable sont prêts pour le changement

N’oublions pas que nous avons une place de choix dans l’organisation à mettre en place car les experts comptables sont l’interlocuteur privilégié du chef d’entreprise à l’image du médecin de famille qui ausculte et anticipe. Le médecin connaît les antécédents familiaux, il peut ainsi appréhender des symptômes grâce à sa position transversale. Transposé au monde de l’entreprise, cette image nous définit plutôt très bien. A tel point que l’image reprise ici par Inqom est amusante car c’est le même symbole qui m’avait été communiqué au début des années 2000 dans une journée d’orientation pour choisir une formation aux  métiers de l’expertise comptable.

Et pourtant cette place royale, au cœur du jeu, est trop souvent oubliée, voire délaissée par notre faute.

Nous nous rassurons avec la technique et sommes fiers de faire notre métier comme un super technicien du chiffre (de la fiscalité, du social etc…) 

Malheureusement, nos clients ne nous paient pas pour çà ou du moins pas que pour çà.? Ils attendent de nous certes la réalisation de ces prestations de base (peu différenciantes entre nous d’ailleurs !) mais veulent tout le reste. Inqom parle dans son second article que “dans les années à venir, il existera un déplacement des prérogatives des experts-comptables”

Et évidemment, cela va arriver ! Non pas du fait de la déréglementation étatique de nos professions mais sans doute par le biais des évolutions technologiques : factures électroniques, solutions comptables à base d’Intelligence Artificielle, arrivée de nouveaux acteurs (issus du monde bancaire par exemple).

Tout comme les articles servant d’inspiration à ces lignes, nous reprenons la citation toujours très actuelle de l’ancien président de l’Ordre supérieur des Experts-Comptables (2015-2017), Philippe Arraou, qui a résumé la situation dans son livre “L’expert-comptable et l’économie numérique” (en 2016) : ‍

« Fournir de nouvelles prestations pour un expert-comptable revient à concevoir une offre d’un autre type. Cela ne se fera pas sans adaptations. La plupart des collaborateurs sont d’excellents techniciens en comptabilité et en fiscalité, mais ils n’ont pas de vision globale de l’entreprise. Ils ne parlent pas le même langage que le chef d’entreprise et s’intéressent assez peu souvent à l’activité, au « business ». Ce n’est pas un reproche : nous les avons voulus ainsi et même formés pour accomplir des tâches techniques. La maîtrise de la technique est source de confort et il ne faut pas leur en vouloir. À nous de les entraîner pour leur faire comprendre, élargir leur rôle et donner du sens à leurs travaux, au-delà des états comptables, sans pour autant faire d’eux des consultants. »

Pourquoi changer nécessite plus d’efforts que simplement une volonté ?

Tout simplement car il est illusoire de vouloir faire du neuf avec du vieux !

Clamer haut et fort, moi maintenant je fais du conseil en continuant avec la même organisation stratégique de son cabinet, à travailler avec les mêmes outils et rendant les mêmes compte-rendu à son client ne peut pas être une solution pérenne.

Ne pas vouloir changer est aussi illusoire car nous constatons tous un effondrement des marges et évoquer aujourd’hui des solutions comptables à bas prix fait toujours réagir la profession mais ne choque pas notre clientèle. 

Inqom va même jusqu’à écrire “l’alignement se fait à un niveau plus faible, pouvant aller à terme jusqu’à la gratuité lorsque la donnée comptable sera facilement disponible et fournie par l’entreprise en échange de la gratuité des comptes” .

Et le portrait robot type de notre client est aujourd’hui (toujours en citant inqom) “imprévisible et infidèle, itinérant et curieux”

Dans le même esprit, nous remarquons que le chef d’entreprise attend désormais son expert-comptable sur l’aide à la décision, le reporting, l’accompagnement dans les financements ou les business plan. 

Les anciens dirigeants avaient des besoins uniquement “techniques” alors qu’aujourd’hui, ils recherchent plus du conseil.

Et changement de pragmatisme, c’est désormais à l’expert-comptable de formuler son offre et ainsi ne plus être en attente de la demande.

Nous sommes prestataires de service et devons donc à ce titre apprendre à vendre nos services.

Beaucoup de chefs d’entreprises attendent du conseil mais n’arrivent pas à formuler leurs besoins. Et ce n’est pas simplement dû à une méconnaissance de leurs propres besoins, nous devons constater que beaucoup de chefs d’entreprises ignorent ce que fait ou peut faire un cabinet d’expertise-comptable. Hier encore, un futur client me demande si faire une déclaration d’impôt fait partie de mes compétences.

Nous savons faire bien plein de choses, maintenant à nous de le faire savoir en instaurant par exemple un rendez-vous avec nos clients autour de deux thématiques « ce dont le chef d’entreprise a besoin » et « ce que le cabinet propose ».  

A ce stade, nous ne faisons pas encore la révolution puisque à bien considérer les choses, nous sommes en train de faire un diagnostic global de l’état de santé de l’entreprise avec son dirigeant à l’image d’une consultation de contrôle chez un médecin généraliste.

L’apport des nouvelles solutions comptables, Inqom en particulier

Pour conclure, cet article, rendons à César ce qui appartient à César et finissons avec les propositions de Inqom pour notre profession. Ces propositions sont reprises car elles sont à notre sens justes et pertinentes et laissent entrevoir un champ des possibles infini afin de sortir de la crise encore plus fort.

La technologie doit apporter une vraie solution pour suivre les mutations organisationnelles de nos cabinets et ne pas être une contrainte supplémentaire :

  • L’automatisation des logiciels comptables nouvelle génération basée sur l’Intelligence Artificielle sera exhaustive en traitant toutes les données comptables (achats, vente, banque, notes de frais, taux de change, TVA, pièces inutiles …) Inqom est “orienté métier puisqu’il apprend et s’améliore à chaque action comptable. Inqom s’insère parfaitement dans le flux de travail d’un cabinet, sans demander aucune configuration, ni d’interventions manuelles” ;
  • La production automatique des comptes est possible condition que l’automatisation soit présente tout au long du processus de production comptable, et pas simplement au niveau de la génération d’écritures : contrôle et révisions des comptes, lettrages automatiques, charges constatées d’avances générées automatiquement à partir de l’extraction des métadonnées présentes sur les factures, révision automatisés, etc. ;
  • L’uniformisation des données permettra de structurer la donnée (prochain relais de croissance pour les cabinets comptables à mon avis) et permet de construire un scoring ciblant les besoins des clients, et ainsi proposer les bons produits en informant le conseiller ou le collaborateur.

Pour y parvenir, l’outil ne sera pas suffisant. Il faudra restaurer de la proximité et une relation de confiance dans le sens où le client acceptera cette ouverture de missions à condition de connaître son partenaire d’affaire. Et bonne nouvelle, la crise nous a appris à être présent avec un lien dématérialisé. La seule contrainte est d’avoir le temps nécessaire de le créer et de l’animer (mais on a déjà vu des pistes pour se libérer du temps dans cet article).

Inqom est même flatteur avec notre profession puisque “les nouveaux « comptables » doivent devenir les tiers de confiance de la Banque, de la compagnie d’assurance, du partenaire business, en somme le premier distributeur de services auprès de l’entreprise. Ils doivent devenir indispensable au chef d’entreprise par sa proposition de valeur et être un pilier de l’entreprise cliente.”

L’Intelligence Artificielle transformera ainsi obligatoirement l’organisation de travail de l’EC. Le cabinet doit apprendre à jongler avec de nouveaux soft skills, indispensables pour la bonne intégration de l’IA dans les flux de travail comme : 

  • La capacité de délégation ;
  • La flexibilité ;
  • L’écoute ;
  • La collaboration…

L’ensemble des salariés du cabinet devront faire preuve de transversalité et acquérir des notions de management.

Management
Source de l’image – Management

Pour conclure, cherchons à nous éloigner définitivement de la morosité ambiante autour de notre si belle profession ! 

L’avenir des cabinets d’expertise comptable est ouvert à des perspectives réjouissantes

Nos prestations sont trop chères 

◊ L’Intelligence Artificielle (IA)  automatise les tâches à faible valeur ajoutée, le coût de ces prestations va pouvoir baisser.

Notre valeur ajoutée est mal perçue

◊ L’IA nous fait gagner du temps pour travailler et vendre d’autres missions. l’IA nous offre en outre un champ de mission possible beaucoup plus vaste en nous permettant d’exploiter la donnée que nous détenons.

Notre profession voit ses marges s’effondrer

◊ L’IA permet de les reconstituer en s’orientant vers une offre de conseil spécialisée, spécifique et sur-mesure dans certains domaines.

Notre profession n’est pas attractive

◊ L’IA nécessite de nouveaux besoins et ouvre de nouvelles missions. Les futurs professionnels, collaborateurs ne doivent pas être très différents de ceux qui recherchent la “coolitude” du monde des startups.


Sylvain Malartre
Expert-comptable Viseeon

Estelle Padilla
Chargée de communication Viseeon


3 articles Inqom auprès desquels nous nous sommes inspirés :
https://www.inqom.com/blog/inqom-notre-constat-technologique
https://inqom.com/blog/quels-sont-les-etats-generaux-de-la-comptabilite
https://www.inqom.com/blog/les-reponses-dinqom-pour-envisager-lavenir-de-la-profession-plus-sereinement

Autres articles de Sylvain Malartre disponibles sur ComptaWorld :
https://www.comptaworld.com/2020/12/29/comment-rendre-efficace-le-controle-de-linventaire-physique-par-sylvain-malartre/
https://www.comptaworld.com/2020/12/16/linventaire-de-fin-dannee-pourquoi-le-faire-par-sylvain-malartre/

Autres articles d’Estelle Padilla disponibles sur ComptaWorld :
https://www.comptaworld.com/2021/01/11/5-raisons-de-ne-pas-zapper-2020-pour-bien-commencer-2021-par-estelle-padilla/
https://www.comptaworld.com/2020/11/04/2e-confinement-8-conseils-pour-etre-efficace-en-teletravail/

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